Travail dominical : une triple erreur !

Publié le par Jean Mallot

Présenté de façon surprenante comme une réponse à la crise, la libéralisation du travail dominical revient dans les cartons du gouvernement qui s'apprête à ressortir une proposition de loi contestée par toutes les organisations syndicales, beaucoup d'organisations patronales et par nombre de parlementaires de tout bord.

La mise en scène d'un sondage complaisamment interprété, doublée de visite sur place ciblées, et le Parlement pourrait bien tomber dans le piège et commettre une triple erreur

 Une erreur économique d'abord :

Ouvrir les commerces le dimanche ne relancera pas le pouvoir d'achat et la consommation. On voit mal les salariés dépenser le dimanche l'argent qui leur manque la semaine, pour satisfaire même à leurs besoins de première nécessité. Pire encore, le coût des salaires dominicaux que le gouvernement prétend doubler, provoquera une nouvelle hausse des prix déjà en forte augmentation. On peut aussi craindre que les distributeurs les mieux à même d'ouvrir leurs circuits le dimanche n'en profitent pour fixer des marges plus importantes. Au mieux, les achats dominicaux se substitueront aux achats de la semaine et la consommation sera un jeu à somme nulle.

 Une erreur sociale ensuite :

La remise en cause du repos dominical est combattue par les partenaires sociaux. La CGPME, l'UPA, les syndicats de salariés, y voient un nouveau coup dur porté aux commerces de proximité. Mettre en avant le volontariat du personnel méconnait l'inégalité de la relation employeur/salarié, accrue en cette période de hausse du chômage comme malheureusement tous les indicateurs le constatent. Au moment où tout appelle à plus de régulation, on ne peut croire à un effet positif d'une nouvelle déréglementation, alors même que les précédentes n'ont pas donné les effets escomptés.

 Une erreur sociétale surtout :

La course effrénée à la consommation contredit le mouvement vers une consommation raisonnée, sous-jacente au Grenelle de l'environnement. Le projet de société de ce gouvernement est certes cohérent mais va à l'encontre de l'évolution du progrès humain. Proposer comme réponse aux salaires trop bas de ne plus prendre de RTT, de devoir faire des heures supplémentaires en semaine, de passer le dimanche à pousser le caddie en famille: c'est faire un choix de vie que nous n'acceptons pas, surtout lorsque les inégalités et les écarts de revenu progressent comme jamais.

Le gouvernement a beau jeu de prétendre s'en tenir à des cas géographiquement ciblés, le risque de généralisation est flagrant : en plus de la concurrence entre les acteurs, ouvrir des commerces le dimanche nécessitera de faire circuler des camions, d'ouvrir les crèches, d'assurer les services de sécurité et de maintenance, pourquoi pas des banques et des services aux entreprises...

Encore une fois, les victimes seront principalement les femmes, les travailleurs à temps partiel, celles et ceux dont la précarité les conduira à accepter les pires conditions de travail.

Ce modèle de développement humain rencontrera l'opposition des Socialistes, qui au « travailler plus pour gagner plus » opposeront la réponse du Nobel de l'Economie, Joseph Stiglitz : « travailler moins pour vivre mieux », ou encore en ce temps de crise majeure : « travailler mieux pour vivre mieux ».

Publié dans A l'assemblée

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